L’Algérie poursuit sa dynamique de mise à niveau de son cadre juridique en matière de protection des données personnelles, dans une optique de convergence vers les standards internationaux, notamment ceux issus du Règlement général sur la protection des données (RGPD) de l’Union européenne.
Dans ce contexte, la loi n° 25-11 du 24 juillet 2025 (ci-après la « Loi »), modifie et complète la loi n° 18-07 du 10 juin 2018 (ci-après la « Loi 18-07 »), introduisant des avancées significatives tant sur le plan des droits des personnes concernées que des obligations des responsables de traitement et des autorités publiques.
La loi 25-11 introduit plusieurs définitions nouvelles à l’article 3, facilitant l’interprétation et l’application des dispositions :
La Loi prévoit la mise en place de pôles régionaux au sein de l’Autorité Nationale de la protection des données à caractère personnel (ci-après l’«ANPDP »), chargés d’assurer le contrôle et l’audit des institutions et des personnes traitant des données à caractère personnel dont les conditions et les modalités d’applications seront fixées par voie réglementaire.
La Loi prévoit qu'un délégué à la protection des données doit être désigné par chaque responsable de traitement. Ce délégué qui devient donc le point focal avec l’autorité national, aura pour mission notamment :
Ce descriptif des fonctions rappelle l’obligation d’établir des procédures internes pour la protection des données personnelles, comprenant la mise en place de formations, la réalisation d’audits internes et, lorsque cela s’avère nécessaire, l’analyse de l’impact des traitements.
Le délégué à la protection des données doit être choisi en fonction de ses qualifications professionnelles, en particulier sa connaissance approfondie du droit et des pratiques liées à la protection des données.
Il convient également de préciser que l’ANPDP propose sur son site internet un modèle indicatif pour la nomination d’un délégué à la protection des données. Ce modèle vise à faciliter et à uniformiser la désignation, mais il n’est pas obligatoire et doit être adapté à chaque organisme.
Conformément à l’article 4, la Loi impose au responsable du traitement ainsi qu’à son sous-traitant une obligation de tenir à jour les deux éléments suivants, lesquels doivent être mis à la disposition de l’ANPDP sur demande :
Ce carnet permet exclusivement de vérifier la légalité, contrôler l’intégrité et la sécurité des données, et répondre aux besoins des procédures pénales.
Encadrement des traitements des données à caractère personnel pour la prévention, la détection et la répression des infractions
La Loi a encadré le traitement des données à caractère personnel, à des fins de prévention et de détection des infractions, d’investigations, d’enquêtes, de poursuites pénales, d’exécution et d’application des peines, réservé, chacun dans les limites de ses compétences légales, aux :
Ce traitement est dispensé de l’obligation d’obtenir le consentement préalable de la personne concernée, sans pour autant supprimer, sauf dans certains cas, son droit à l’information, d’accès et de rectification.
Cependant, l’exemption de consentement ne signifie pas absence de contrôle.
L’Autorité nationale de protection des données personnelles joue un rôle essentiel dans la vérification et l’évaluation de ces traitements et peut également être consulté directement par la personne concernée.
Par ailleurs, les obligations du responsable du traitement sont précisées à l’article 45 bis 3. Celui-ci doit distinguer clairement, dans la mesure du possible, les différentes catégories de personnes concernées.
De plus, tout transfert de données vers un pays étranger ou une organisation internationale est soumis à une évaluation rigoureuse par l’autorité compétente. Cette évaluation porte sur le niveau de protection offert par le pays ou l’organisation destinataire, en tenant compte du respect des droits de l’Homme, des garanties juridiques applicables, des mesures de sécurité en place.
Dans le cadre notamment de la prévention, la détection et la répression des infractions, lorsqu’un traitement de données personnelles, notamment via de nouvelles technologies, est susceptible de présenter des risques élevés pour les droits et libertés des personnes, le responsable du traitement doit réaliser une étude d’impact préalable des opérations de traitement à effectuer sur les données à caractères personnelles.
Cette étude doit inclure :
Concernant le dispositif de sécurité, le responsable du traitement ou le sous-traitant doit mettre en œuvre des mesures techniques et organisationnelles appropriées pour prévenir toute violation des données personnelles.
Ces mesures doivent garantir un niveau de sécurité adapté, notamment pour les données sensibles ou biométriques, en tenant compte :
En cas de violation de données à caractère personnel, le responsable du traitement doit notifier l’ANPDP dans un délai maximal de 5 jours après en avoir eu connaissance et accomplir les formalités requises.
L’ANPDP, qui pourra établir une liste des traitements, peut également être consultée en amont pour les traitements présentant un risque résiduel important.
Enfin, l’ANPDP a récemment mis en ligne une page dédiée aux réclamations, recours ou plaintes à l’adresse suivante : https://plaintes.anpdp.dz/
En conclusion, cette réforme de la Loi représente une avancée significative dans l’actualisation du cadre juridique algérien relatif à la protection des données à caractère personnel, poursuivant l’objectif d’assurer la sauvegarde des droits et libertés fondamentaux des personnes concernées, tout en assurant la sécurité.